Des moteurs...qui tournent trop vite !

Publié le par David Desfougeres

Moteur, du latin : "Celui qui remue".

Des moteurs...qui tournent trop vite !

"Qui transforme en énergie mécanique un énergie d'une autre forme." (Larousse)

"Personne [...] qui est à l'origine de quelque chose, qui anime l'activité de quelque chose." (Larousse)

Je me sens clairement un moteur Agile.

Nous, facilitateurs/coach'Agile internes, sommes des acteurs d'un changement que l'on aimerait rapide, avec des résultats probants immédiats, une adhésion massive ...Nous faisons souvent parti des fameux "Early Adopters" (voire "Innovators" ) de la non moins fameuse courbe de Rogers décrivant l'adoption des innovations.

Nous sommes des moteurs, le carburant qui nous alimente est composé de lectures, de vidéos, d'audios.

Tels des geeks de l'Agilité, nous achetons les derniers bouquins, assistons à tous les évènements Agile, qu'ils s'appellent "tour", "day" ou sans nom précis tant que çà traite de nos sujets favoris. Nous sommes abonnés à tous les fils d’actualité du moment qu'un hashtag soit accolé à un "agile" avec grand ou petit "A", "kanban" avec grand ou petit "k", "scrum" avec ou sans "master", "lean" avec ou sans "start up", ou inversement. Nous déjeunons le matin avec les tweets parus dans la nuit, ouvrons nos blog favoris pendant les pauses café.

Bref nous sommes quelque peu décalés ...et c'est tant mieux !

Contrairement aux professionnels "externes" dont L'expérience se nourrit des contacts multiples quasi quotidiens, notre "vie à l'extérieur de notre monde" (notre entreprise) est réduite aux seules fenêtres que nous ouvrons nous même.

Des expériences partagées par les autres du "dehors", est le réservoir sans fond d'idées lumineuses.

Nous sommes donc des "early adopters" d'une innovation qui est certes de plus en plus connue et reconnue mais qui n'est pas intégrée dans l'ADN de nos grandes entreprises.

Des moteurs...qui tournent trop vite !

Dès lors qu'elles sont pyramidales, elles sont emplies de contrôleurs en tout genre (ceux que Jean-Francois Zobrist appelle des parasites). Ceux-ci entraine souvent la défiance (par défaut l'absence de confiance). Cela se traduit souvent par des relations dans lesquelles les contrats priment, par des accumulations de documentations, par le rejet de la simple idée même du changement, par le suivi de lots de procédures immuables ..

Le "chef" ne guide pas : il contrôle, "gère les ressources", cadre et recadre. J'aime beaucoup la définition de Philippe Bloch : "un cadre est une structure rigide qui entoure du vide". Le rôle de leader bienveillant n'est pas encore une habitude.

Parfois nous en sommes même à l'opposé : j'ai vu récemment dans un garage multi-services (type feu vert) un "directeur régional" (qui dirige donc sans donner la direction) qui a passé les 10 ou 15 minutes d'attente de prise en charge de mon auto à dénigrer son personnel, à remettre en cause leur organisation, à discuter leur décision ... pour flatter son égo j'imagine...

Des moteurs...qui tournent trop vite !

Mon rôle m'amène à proposer des changements allant des propositions d'organisation de mon service à des modifications substantielles de nos pratiques, toujours basées sur les principes Agile (management Agile, initiatives issues de pratiques Kanban etc... ).

Je me suis souvent retrouvé frustré de ne pas obtenir l'adhésion sur la simplicité, les évidences et le bon sens qu'apportent l'Agilité : mais pourquoi ne comprennent-ils pas, n'adhèrent-ils pas ??

Que se soit intrinsèque à l'équipe pour son travail au quotidien en tentant de maintenir un rythme soutenable ou du management par des principes d'auto-organisation faisant émerger les bonnes idées (c'est celui qui fait qui sait), j'ai été régulièrement confronté à des refus.

Des moteurs...qui tournent trop vite !

Je suis un moteur Agile, mais un moteur qui tournait trop vite, je voulais tout embarquer dès que je découvrais une nouvelle piste, une bonne pratique.

Lorsqu'il tourne trop vite, un moteur ne transfère pas l'énergie pleinement. Aussi puissant qu'il peut être, il devient contre-productif car fait patiner et perdre l'adhérence. L'empressement dans nos équipes, impacte des transformations parcellaires, s'engluant dans des rejets, provoquant même la perte de l'adhésion de base.

Je suis enthousiaste, passionné et donc déjà persuadé d'être dans une bonne dynamique, celle qui apporte plus de liberté pour un rendement meilleur dans nos activités.

J'insiste sur le "déjà" car c'est bien là l'une de nos caractéristiques : nous avons quelques tours de l'avance dans la réflexion.

Tourner trop vite en permanence use, fatigue.

Les rejets régulier perturbent, amènent des doutes sur nos propres motivations. Je me suis doté de l'arme absolue : la patience (même si j'ai commencé par ronger mon frein ..).

il m'a donc fallu "pivoter" sur mon propre rôle : laisser le temps aux autres de me rattraper...Découper mes préconisations, mes idées en éléments digérables par l'équipe : expérimenter en petites implémentations pour montrer l'exemple et faire adhérer plus largement.

Bref : nous devenons de plus en plus agile nous même en pratiquant l'agilité : planifions la mise en place d'une idée, expérimentons la, mesurons ses impacts, apprenons et adaptons selon feedbacks reçus, planifions l'adaptation, expérimentons....

...cette "roue" vous rappelle quelque chose ?

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